11 juin 2008
Tout mais pas ça.
Je le savais. Je le savais que ce blog serait inutile, qu'il ne durerait pas. La certitude que j'ai à ce propos est de taille, pourtant je n'arrive pas à me résoudre à le supprimer. Je pense beaucoup, peut être même trop. Des souvenirs me viennent à l'esprit et certains me rongent, laissant en moi un sentiment d'amertume, de rancœur. Mais je n'arrive pas à libérer ces sentiments, je ne trouve pas les mots, pas les bons. Je n'ai pas envie de faire un post sur ces réminiscences, car si je ne les exprime pas avec le plus d'exactitude possible, je resterai sur ma faim, cette lourde impression d'avoir bâclé le travail pesant sur ma conscience. Tout cela peut paraitre stupide ou dérisoire, mais depuis mon enfance, l'écriture est ma thérapie et loin de moi l'idée d'avoir du talent ou une vocation littéraire - ce serait prétentieux et surtout mal venu de ma part.
L'écriture, pour moi, ce n'est pas de la masturbation intellectuelle. C'est une délivrance, un exutoire, une bouée de sauvetage. Me vient cette envie de me justifier sur l'écriture pour essayer de comprendre les causes de ce besoin et du blocage que j'ai actuellement. Il est probable que j'essaie de m'identifier à travers mes écrits, étant donné que je ne connais pas le visage de mon père. C'est quelque chose dont j'ai beaucoup souffert, plus encore pour cela, qu'à cause de son abandon. Aux dernières nouvelles, pourtant, je ne crois pas m'être trouvée, alors cette excuse ne me va pas. Je voudrais juste savoir, en toute innocence, pour quelle raison on m'a retirée ce qui permettait d'équilibrer ma vie.
26 mai 2008
Daydreaming, draydrming, dzeaming, dermrign, derming
Je suis assise et je contemple, à travers le verre épais et étanche, la nature absorbée par la vitesse du train. Ce paysage qui s'étend à l'infini et que je tente de capturer, m'échappe, fatalement.
Les saules pleureurs paraissent enfoncer leur immense tronc sous le sol humide, un peu chaud. Comme j'aimerais sentir ces suaves odeurs, d'ici et d'ailleurs : de la terre fertile, des étendues de plaines d'herbes folles, des arbres seigneurs de leur grand territoire mugissant sempiternellement contre le vent, puis les senteurs exotiques de ces terres arides et rouges ; des pierres froides et précieuses, aux mille et une facettes éblouissantes, raffinées et brutes à la fois, provenants de contrées méconnues.
Ce désir qui s'éveille en moi m'émeut ; il y a longtemps que je n'ai pas entendu le bruit sourd de la nature reine respirer. Dans la cabine de mon train, l'air me manque, je souffre de cette opacité et je ne puis comprendre l'allégresse qui m'entoure. Je m'ennuie de la monotonie de cette cadence, qui me fait souvent chanceler.
J'ai l'impression de manquer le spectacle naturel qui s'offre généreusement, sous mes yeux concentrés : les branches des peupliers s'agitent, les feuilles vert pastel des saules s'embrassent et se quittent pour dévoiler les protagonistes de ce théatre qui me parait silencieux, auquel les animaux de la forêt participent, enthousiastes. J'imagine la douce mélodie que provoque le vent sur les délicates feuilles aux reflets dorés et pourpres, et la force du craquement des branches qui crissent et gémissent, mélancoliques.
Deux rouges-gorges se disputent une place, l'un semble donner un coup de bec à l'autre, la canaille ! Tout va si vite ; maintenant apparait un renard au soyeux pelage qui a l'air de penser : "Quel beau temps aujourd'hui !", puis il disparait, sombre dans l'oubli. Absorbée par ce paysage qui défile sous mes yeux émerveillés, je crois entendre le cri d'un corbeau ; ce cri indigné par cet écoulement imperturbable de la vie ! Je me languis d'en voir immédiatement davantage... mais quel désespoir ! le temps s'écoule, il est trop tard, le train arrive déjà en gare.